Fondu au noir.
Merci à CinéCinéma de m'avoir fait découvrir ce film méconnu et inaccessible en France (l'édition DVD française n'existe pas) de 1980, avec dans un second rôle le jeune Mickey Rourke. J'ai pris un immense plaisir de cinéphile en voyant ce film, qui est un véritable hommage au cinéma et à Hollywood, bien que ce soit classé dans le genre épouvante et thriller. Le réalisateur et l'acteur principal ne sont pas très connus mais leur travail sur ce film gagnerait à l'être. Il s'agit de l'histoire d'un véritable "cinglé" de cinéma, qui va sombrer dans la folie jusqu'à commettre des meurtres... Je me suis alors dit que ce blog devait absolument parler de ce film, vu l'histoire... Il s'agit donc de Fondu au noir (Fade to black), de Vernon Zimmerman, sorti en 1980.
Eric Binford est un jeune célibataire passionné de cinéma qui habite chez sa tante, une matrone en chaise roulante qui le traite sans cesse de "bon à rien", comme son père. Car Eric passe le plus clair de son temps à s'enfermer pour regarder des films, que ce soit chez lui ou dans une salle de cinéma. Il n'a même pendant un an fait que cela, visionnant trois films par jour. Il déteste son travail, la routine et l'agitation insensée qui y règne, et ses retards répétés, ses bévues ainsi que son travail bâclé le placent clairement sur la sellette. Il n'a aucune vie sociale et passe pour un barjo auprès de ses collègues. Un jour, il croise dans un café Marylin O'Connor, sosie parfait de Marylin Monroe, une de ses idoles de cinéma. C'est le coup de foudre. Il lui fixe un rendez-vous (au cinéma bien sûr) mais celle-ci est en retard et du coup ils ne se voient pas. Rentré chez sa tante Stella où il s'est de nouveau enfermé pour regarder un de ses films favoris, celle-ci lui fait une scène face à son inactivité et abîme un projecteur. C'est la goutte d'eau qui fait déborder le vase. Furieux car il a loupé la meilleure scène, il pousse le fauteuil de sa tante dans les escaliers, et celle-ci meurt. Dès lors, Eric, devenu indépendant, bascule dans une folie meurtrière, se vengeant de tous ceux qui l'ont opprimé et se sont moqués de lui...
C'est un film avant tout destiné aux cinéphiles, aux purs et durs, tant il fourmille de références et de citations. Elles seraient beaucoup trop nombreuses pour les énumérer ici, et je ne suis pas sûr de les avoir toutes saisies. Fondu au noir est avant tout un film-citation hommage au septième art. Tout dans ce film est prétexte à une référence au cinéma. L'histoire se passe à Los Angeles, près d'Hollywood Boulevard. Le personnage principal est un dingue de cinéma, posant des colles sur le cinéma à ses collègues en les méprisant sur leur inculture, n'hésitant pas à reprendre les mimiques et dialogues de ses acteurs fétiches, allant jusqu'à confondre sa personnalité avec un personnage star des années 50, Cody Jarrett. Il s'agit du criminel psychopathe de L'enfer est à lui, de Raoul Walsh et interprété par James Cagney, sorti en 1949. Rien d'étonnant à ce qu'Eric devienne lui-même tueur en série. Ses meurtres sont des meurtres-citations: il tue en faisant référence à un ou plusieurs films, ayant l'image cinématographique très claire dans sa tête. On le voit tuer en étant déguisé en Dracula, se comportant comme tel (ou plutôt comme Bela Lugosi) et suçant le sang de sa victime. Ou encore déguisé en cow-boy (je crois qu'il s'agit d'une référence à L'homme qui n'a pas d'étoile, de King Vidor, mais je ne suis pas sûr), en momie (La Momie de Karl Freund, avec Boris Karloff) ou sortant une mitraillette d'une boîte de rangement de violon (Scarface, d'Howard Hawks).
De plus, Eric travaille dans une usine qui vend des pellicules je crois, et l'univers cruel et avide du cinéma est bien dépeint: une star pique le scénario qu'Eric se faisait une joie de lui raconter en voiture, "Alabama et les 40 voleurs", lequel, imagine-t-il serait un film à l'ambiance des films de Samuel Fuller réaliser par Peter Bogdanovich.
Enfin, le réalisateur a trouvé une actrice sosie parfaite de Marylin Monroe. C'est son métier et le rôle qu'elle joue dans la fiction pour Eric. Eric, qui ira jusqu'à nier la mort de Marylin, la voyant là en chair et en os. Et affirmant à tout le monde: "Je sors avec Marylin Monroe". Cette figure du passé, qui n'existe qu'au cinéma, et qui est donc en quelque sorte ressucitée, constitue pour Eric la copine idéale, le fantasme à l'état brut. Se crééra entre eux une relation faite de fascination, surtout unilatérale certes, mais identique à celle que pouvait entretenir Marylin Monroe avec les personnages masculins de ses films. La relation d'Eric vis-àvis de Marylin Monroe est faite d'admiration pure.Binford lui offre un poster de Sept ans de réflexion, anonymement, et c'est avec elle qu'il va tenter de fuir la réalité, de fuir tout court, vers la fin. Il y a également une scène intéressante, c'est lorsqu'après le meurtre déguisé en Dracula, il se rend chez Marylin. Tout ressemble à s'y méprendre à la scène de la douche dans Psychose, mais c'est une déclaration d'amour (une demande d'autographe en l'occurrence) que cherche à faire Eric.
Les citations brutes
A de nombreux moments du film, nous avons accès aux pensées d'Eric grâce à des extraits de films, et il ne fait que les imiter. La fin du film procède de la même manière. L'on compare Eric à une citation brute de cinéma. Celles-ci sont généralement (toujours) des films en noir et blanc, pour bien faire la distinction entre le cinéma et la réalité. C'est somme toute assez classique mais bien fait. Cela a du prendre énormement de temps pour récolter toutes les sources mais le travail est abouti.
Là où le bât blesse...
Les personnages confrontés à Eric sont trop caricaturaux même s'ils sont bien interprétés: nous avons la tante matronne, le patron bourru et bourré aux médocs, le collègue play-boy rebelle (Mickey Rourke), le flic aux méthodes traditionnelles qui ne cherche pas à comprendre et celui qui vient de débarquer aux méthodes nouvelles tirées de la psychologie...
Ensuite, le film accrédite la thèse (discutable) qui affirme que la violence des images engendre et incite à la violence dans la vie.
Des flics ? Vous avez dit des flics ? Mais où ça ?
Enfin, comme dans tout film classique de sérial killer, on suit à la fois les pérégrinations du tueur comme les avancées de l'enquête... Mais le problème, c'est que ceux du film ont vraiment le cerveau lent et manquent beaucoup de jugeotte. Et c'est assez agaçant. Seul le professeur Moriarty (ci-contre) (référence à Sherlock Holmes) est, on s'en doutait, sur la bonne piste... Mais quelle lenteur et pauvreté de réflexion! Il se borne à dire que Eric est une victime de la société et qu'il vit dans un film. Vu la nature des meurtres, on s'en serait douté à moins...
Bref, sur une idée de départ alléchante qui ravira tous les cinéphiles, le réalisateur en tire un film passionnant à regarder pour ses références, mais il manque ce petit quelque chose qui en fait un chef-d'oeuvre.
Le jeu des acteurs est cependant bon voire excellent (surtout Dennis Christopher, en Eric Binford) et la musique (pour le coup originale mais pas extraordinaire) s'accorde bien à l'ambiance thriller sur les tueurs en série.
Il ne me reste qu'une seule question en suspens: quel est le nom de Rick le détective dans Casablanca ? (Essayez d'y répondre sans revoir le film)^^
Voici une affiche qui montre bien ce que sera le "programme" des citations meurtrières d'Eric Binford.
Ma note:






Bande-annonce de Fondu au noir.
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